Table Ronde

Le mouvement étudiant en Amérique Latine

 Hommage aux cent ans de la réforme étudiante argentine

(Córdoba 1918)

Samedi 10 mars de 14h à 16h30 à la salle Jacques Ellul du Cinéma Jean Eustache
Dardo Scavino philosophe, professeur d’Etudes latino-américaines à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour  :La réforme universitaire latino-américaine de 1918
Stéphane Boisard, historien de l’Amérique Latine contemporaine, MCF à l’Institut National Universitaire Champollion Mai 68 dans le Cône Sud de l’Amérique latine 
Modératrice : Cecilia González, professeure d’Etudes latino-américaines à l’Université Bordeaux Montaigne

« Nous proclamons haut et fort le droit sacré à l’insurrection », déclaraient les étudiants de la Fédération Universitaire de Córdoba en Argentine dans leur manifeste liminaire de 1918.

Le mouvement de la Réforme Universitaire a traduit avant tout une demande politique forte de faciliter l’accès à l’éducation supérieure des couches moyennes de la population, majoritairement issues des vagues migratoires du tournant du siècle, alors que l’entrée à l’université était principalement réservée aux élites argentines, à leur formation et à la reproduction d’un système qui préservait leurs privilèges.

Le mouvement de la Réforme a en outre contribué à démocratiser la vie universitaire elle-même : l’autonomie universitaire, la mise en place d’un gouvernement tripartite composé par des élus du collège des professeurs, du corps des gradués et du collège des étudiants, la révision périodique des postes des
enseignants et l’actualisation des programmes, l’assiduité optionnelle au bénéfice des étudiants salariés, figurent parmi les mesures phare adoptées grâce à ce mouvement.

L’organisation des étudiants en centres et en fédérations a engendré par ailleurs une culture politique participative qui s’est perpétuée au fil des générations, ce qui a assuré la vitalité du mouvement étudiant tout au long du XXe siècle, en particulier autour des années 60-70, et au début du XXIe.

Mais l’esprit de la Réforme est allé au-delà de ces acquis, aussi fondamentaux soient-ils : la défense du « droit sacré à l’insurrection » appelait à  une transformation sociale plus radicale, dépassant le périmètre strict des cloîtres.

La Réforme constitue une manifestation précoce d’un latino-américanisme militant, dénonçant l’idéologie « utilitariste » et l’emprise des Etats- Unis sur la vie des pays du sous-continent.

Elle a posé la jeunesse comme acteur et moteur fondamental de transformations radicales, d’où le qualificatif de « juvenilista » qui lui est souvent associé et qui renvoie aux noms de José Rodó, essayiste et écrivain uruguayen du début du siècle, auteur du célèbre Ariel – livre manifeste pour les jeunes réformistes –, ou des Argentins Manuel Ugarte et José Ingenieros, auteur entre autres de L’homme médiocre, un autre ouvrage phare pour cette génération.

Le mouvement de la Réforme est né avant les évènements de Córdoba, où elle a pris une forme insurrectionnelle. En 1905,en effet, le Chili avait vu naître la première Fédération universitaire du sous-continent inspirée des idéaux réformistes. Mais c’est à partir de 1918 qu’elle a pris de l’ampleur, s’étendant rapidement de l’Argentine au Mexique, dans un contexte politique international marqué par deux grands séismes politiques : la Révolution mexicaine de 1910 et la Révolution bolchevique de 1917.

Les révoltes étudiantes des années 1910-1920 sont liées à celles des années 1960-1970 par plusieurs liens : des liens philosophiques, tels que la dénonciation de l’utilitarisme et du matérialisme grossier, au début du siècle, du consumérisme, plus tard ; des liens politiques, aussi, ayant trait à l’anti-impérialisme latino-américain ; des liens historiques, enfin, puisque nombre de figures majeures de l’histoire du XX e siècle, dont Che Guevara, Fidel Castro, Haya de la Torre ou Salvaldor Allende, sont issus du vaste mouvement de la Réforme universitaire de 1918.

Pour rendre hommage à ce riche mouvement politique et intellectuel qui a marqué de son empreinte les sociétés latino-américaines sur plusieurs générations, les 35 e Rencontres organisent cette soirée thématique sur le mouvement étudiant du sous-continent.